Nos récits

De Zion à Damascus

Lorsque nous franchisâmes la Porte des Lions, nous eûmes confiance en la vie. Confiance en le moment, confiance en la sécurité, en la paix fragile, confiance d’y passer un moment inoubliable. Dans une ville appartenant à tous, n’étant ni Israël, ni la Palestine, Jérusalem a un aura unique. Que l’on soit croyant ou non, personne ne peut être indifférent aux émotions modelées par des chants juifs ou chrétiens, on ne peut le comprendre que lorsqu’on y est. Y être, c’est aussi s’intéresser à l’histoire, aux parfums, aux différences, aux langues arabes, juive, arménienne… Y être, c’est aussi apprécier chaque petit recoin charmant doté des plus irréels évènements de l’histoire…Un jour que nous marchions sur le Mont des Oliviers, nous vîmes une grotte appelée Gethsémani et là, il y avait une inscription qui se lisait comme suit.

C’est ici, en cette grotte, que Jésus avait l’habitude de se retirer quand il était à Jérusalem (lc 22, 39; Jn 18,2)

Ici, Jésus est venu avec ses disciples après la ‘Dernière Cène’ (lc 22, 39; Jn 18,1)

Ici, Judas Iscariote trahit Jésus par un baiser (Mt 26,49;lc 22, 47-48)

Ici Jésus a dit à ceux qui venaient l’arrêter: Qui cherchez-vous ?’ Il lui répondirent ‘Jésus le Nazaréen’. Quand Jésus leur eut dit ‘c’est moi’, ils reculèrent et tombèrent par terre (Jn 18,4-6)

Ici, Jésus a été arrêté et conduit au palais du Grand Prêtre (lc 22, 54)

Suite à cela, Jésus fut condamné à mort à l’endroit même ou nous dormions. Nous avions eu l’idée de coucher dans un couvent, à l’Ecce Homo (qui signifie ‘Voici l’homme’)…

‘Voici l’homme’ ce sont les paroles prononcées par Ponce Pilate lorsqu’il présenta Jésus à la foule…Ensuite vint la Passion…le chemin de croix…le Nouveau Testament, Justinien…..et Rome, et l’Église, et le Moyen-Age, les croisades, les Jésuites, Vivaldi, les Conquistadors, Bach, le bon chrétien pieux et pauvre, l’asservissement des Québécois au début du siècle…Jésus a eu un impact incommensurable sur l’histoire, indirect ou direct. Nous, nous sommes des enfants de la catéchèse. Au primaire, nous avions des cours avec telle et telle soeur, nos grands-parents étaient croyants, nous avons assisté à quelques messes importantes, écouté Jésus de Nazareth à Pâques, joué ou écouté de la musique classique influencée par le Christ mais le plus important, la mise de la crèche sous l’arbre de Noel. Prendre le temps de placer les Rois Mages, Jésus, Marie, le boeuf, l’âne…et les petites maisons chaleureuses…Toute cette vie a ainsi modelé notre perception de la religion, du Jésus historique…de la Bible. Être alors là, à Jérusalem ou sur le Mont Nibo scrutant la Terre sainte (le Jourdain, Jericho, Bétléem, Nazareth…)…être là fut alors un moment unique ou les images de notre enfance prirent une tout autre forme. Nous étions là, à ces endroits tant entendu, tant vu…Et bien au-delà de ces moments indescriptibles, il y eut nos moments passés dans le quartier arabe dans lequel le Souk nous enivraient par ses parfums d’épices,ses odeurs de falafels croustillants, par les précieux foulards en cachemire aux motifs et aux couleurs plus éclatantes d’un minuscule kiosque à l’autre ou par le brouhaha des vendeurs de légumes criant leur aubaine aux abords de la porte de Damascus. Il y eut aussi ces promenades dans le quartier juif, bien tenu, sécurisé. Mais avant tout, il y eut cette expérience de l’écoute des chants juifs lors du Sabbat au pied du mur des Lamentations…Des milliers de juifs priant, chantant et dansant…Mais encore, il y eut notre chemin de croix débuté à 5 h 30 du matin pour finalement se terminer à l’endroit supposé ou Jésus ressuscita. Ce matin-là, nous étions assied autour du Saint-Sépulcre, les pieds et le regard porté sur ces vieilles pierres grises qui parlaient d’elles-même. Et là, on regardait…on regardait…et on regardait. Que tout cela soit vrai ou faux. Aimez-vous les uns les autres demeure une fichue belle philosophie.

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