Nos récits

Kerala Masala

Notre bateau est au repos et nous aussi. Nous entendons notre équipage, un cuisinier ayant travaillé dans un resto cossu de Riad, notre capitaine Giri et notre homme de maintenance et guide Sivankutty marmonner à l’arrière du bateau. Celui-ci, un riceboat fait de bambous et de jute, est amarré sur l’un de ces canaux tranquilles du Kerala. Nous sommes entourés de rizières à perte de vue dont l’éclat verdoyant éblouit les centaines d’oiseaux aquatiques cherchant un quelconque petit poisson. Nous, à l’avant du bateau, couchés sur notre coussin marliquant blanc, observons. En fait, tranquillement, on observe cette vie encore authentique évoluant au fil de cette eau non polluée, contrastant avec l’Inde que nous venons de quitter. Notre cuisinier nous ayant offert du Pomfret, petit poisson à chair blanche, accompagné d’un riz rouge et de bananes vertes au coconut, nous sortons de table toujours conquis. Hier soir, c’était un festin de crevettes Tigres, non pas celles qu’on achète dans les supermarchés, mais les vrais, pêchés à même les Laquedives, pêchés la veille, fraîches, jolies mais avant tout géantes…avec leurs pinces principales, les Tigresses mesurent plus que la longueur de nos bras et sont d’un bleu amusant. Avec un peu de Masala, elles furent succulentes.

 

 

Depuis ce matin, les scènes de vie ponctuées de Tata (non pas la voiture indienne, mais plutôt le bonjour en langage local) se traduisent par des femmes essorant les tissus, des hommes vérifiant leurs filets de pêche et nos yeux cherchant parmi les lilis roses, le roi des oiseaux pêcheurs, le magnifique King Fisher…oiseau turquoise arlequin au disproportionné bec orange. Depuis deux jours, c’est une ribambelle d’églises catholiques, de maisons colorées nichées parmi les palmiers et de paysages pittoresques qui défilent devant nous. À ce moment précis, on se répète à quel point nous sommes chanceux d’être ici, dans ce lieu paisible, naviguant sur notre bateau privé. D’ailleurs, le riceboat sur lequel nous logeons est d’autant plus charmant, que tout ce qui touche notre séjour ici est une réussite. Dès notre arrivée au Killians Boutique Hotel à la visite du marché de poissons, on apprivoisa les lieux ou le calme et la luxuriance florale sont maîtres.

 

 

Sachant que nous sommes musiciens et à entendre la flûte de bambou de Maude, le capitaine décide de nous emmener dans un endroit inédit. Accostant devant un vendeur de fruits et légumes méconnaissables de par la variété (pomme de terre, fruits X et légumes Y) on traversera un village sous les chants des brahmanes afin d’atteindre une grande porte grillée donnant sur un ensemble de maisons et de jardins. Arrivés devant ce domaine, notre guide ouvrit la porte et nous y fit entrer. À nos côtés, un bassin d’eau servant anciennement à la baignade et un puits à ciel ouvert toujours utilisé. Une vieille dame de 70 ans nous accueillit alors avec un anglais brouillé. Elle portait un sari mauve et de magnifiques bijoux en or. Elle nous fit alors visiter sa maison, vieille de plus de 400 ans! Avec ses boiseries avec singes et fleurs sculptés, ses loquets inextricables à la Zelda, son puits de lumière et d’aération et son berceau de Tek, c’était pour nous un privilège de pouvoir y être. Mais nous n’y étions pas pour la maison…mais plutôt pour la dame, une chanteuse Malayalam! Elle pratique le chant depuis 60 ans et enseigne toujours… Devant nous, elle chantera près de 20 de minutes battant les temps avec ses doigts sous les sons incommuns du thamburu (waaaaaaaaaaooooooooooooooooooooooaaaaaaaaaaoooooooooooooooooooo)…

 

Elle demandera à Maude de chanter pour elle, ce qu’elle fit. Le soir venu en arrivant sur notre Kettuvalam (notre bateau, rice boat…etc), le chef nous réserva le meilleur poulet frit masala que nous ayons mangé…goûteux, doux, épicé, sucré, parfumé…Enfin un poulet qui goûte, un poulet sans sauce et dont la peau grillée au masala rendit le goût à la chair blanche. Une chaire de poulet qui goûte, vous y pensez! Essayez..Normalement c’est la sauce qui donne le goût, la chair sans la sauce est fade..Une bonne panure est efficace, mais la chair demeure la plupart du temps sinon tout le temps fade! Cette fois, comme par magie, la chair avait un goût! Je répète…la chair avait un goût! Ce repas fut ambrosiaque…

Le soir venu, sous les étoiles, nous terminerons la soirée en parlant de Noël…Ici, on utilise les manguiers comme arbre de Noël et l’achat de cadeaux n’existe pratiquement pas…Demain, une autre magnifique journée nous attend…mais d’ici là, en cette ‘veille’ de fin du Monde (21-12-2012) nous sommes là, naviguant sous les palmiers touffus et parmi ce monde unique que nous offre le Kerala au goût de Masala.

 

 

Laisser un message

Les champs marqués d'un * sont obligatoires