Nos récits

La quatorzième planète: Varanasi

C’est par train que nous sommes arrivés sur la planète Varanasi. Certains l’appellent Bénarès, d’autres Kashi, peu importe son nom, elle est l’une des plus vieilles villes au monde. Elle fascine, envoûte plusieurs, pour d’autres elle trouble parfois même jusqu’à choquer l’observateur. La ville, qui, historiquement est le lieu de naissance du Dieu Shiva, s’étend sur le bord du Gange et abrite pas moins de quatre-vingts ghats. C’est sur ces marches sacrées que l’univers change, mais demeure idem au rythme de vie des anciens habitants…Les pèlerins s’y glissent chaque matin afin de se purifier, les Sadhus y marmonnent les mantras aux passants, les femmes y font la lessive énergiquement sous un soleil brûlant, les vaches s’y baignent en se laissant gratter le dos par les cornes de leurs frères,les bateliers attendent le poisson…

Mais avant tout, Varanasi est connue pour la crémation à ciel ouvert des corps. Elle se fait vingt-six heures sur vingt-quatre, car selon la tradition hindoue, le défunt doit être brûlé dans les douze heures suivant la mort et seuls les hommes de la famille peuvent y assister. Certains y viennent littéralement pour mourir…attendre la finalité, pour ensuite procéder à la réincarnation de l’âme. C’est l’un des lieux saints de l’Hindouisme. Varanasi accueil aussi les hommes en noir, on les nomme les Aghoris. Ils sont perçus comme des sorciers de magie noire jetant des sorts, guérisseurs et nécrophages…ils mangent des corps morts, humain ou animal…Ils fument la marijuana de Shiva et avalent quelques élixirs qui font tourner la tête. Ils agitent ensuite leur sceptre maléfique au-dessus des malades en étant convaincus de leur rétablissement…Ceci, nous en avons été témoins…

Varanasi c’est le Chaos, le tourbillon du cycle de la vie…les nouveaux nés affamés criant leur faim dans les bras de leur mère tout comme le cri des chèvres sentant la mort venir devant l’abattoir…les mendiants amaigris prennent possession d’un coin de marche dans l’attente de quelques roupies, les pousses-pousses, tuk-tuk, motocyclettes s’entrechoquent entre une série de klaxons stridents…..les animaux tentent de survivre parmi les déchets fumants et les corps raidis de leurs confrères trépassés, évitant aussi les crachats rouges des hommes dépendant de leur précieux tabac à chiquer…

Tous nos sens sont stimulés en même temps dans cette ville de 6000 mille ans….c’est beau, c’est laid…la misère humaine crève le cœur, les enfants jouant au cerf-volant font sourire, le cadavre d’une vache flottant sur ce si précieux Gange à côté d’un baigneur nous laisse sans mot. Les levers de soleil réchauffent et les couchers semblent donner espoir aux malheureux pour un lendemain meilleur.

Sortie de cette toile de Dali, nous ne comprenons toujours pas cet endroit si particulier…peut-être avec du recul, de la sagesse en plus nous accepterons le destin indélébile de ces gens écoulant le temps dans cette société chaotiquement ordonnée !

 

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